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Saddle fitting: Bien seller

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Saddle fitting: Bien seller

2016-10-19 | Prévention, matériel, conseils

La selle et la performance

2/ La bonne place de la selle

L'article du mois dernier a permis de déterminer la fonction de la selle. Il était nécessaire de poser les bases du comment et du pourquoi cet objet avait été inventé, et à quoi il servait. J'insiste sur le terme de « fonction » : la selle est un objet technique. Maintenant, cet objet doit être utilisé d'une certaine façon, et doit correspondre tant aux individus qu'il concerne qu'à l'usage que l'on en fait. Et la première chose à maîtriser à son sujet, avant même de savoir comment choisir une selle pour un cheval et / ou un cavalier, c'est de savoir seller correctement.

La situation suivante m'est arrivée à plusieurs reprises : un cavalier commande une selle par mon biais, qu'il reçoit et utilise après contrôle de conformité de ma part ; et il me rappelle quelques temps plus tard, en me disant « ça ne va pas, Major* a le garrot tout coincé ! » Dans quelques cas, effectivement, le cheval avait changé rapidement et les paramètres de réglage n'étaient plus les bons (ça peut aller très vite : de quelques mois en général, à quelques jours dans certains cas !) ; dans d'autres cas, cela dit, tout allait bien de mon point de vue... jusqu'à ce que je demande au cavalier de seller lui-même son cheval. Et là, tadam! La selle n'est pas placée au bon endroit, le cavalier ne sait pas seller.

 

Lorsque j'ai commencé mon activité de conseil en saddle fitting il y a 5 ans, dans 80% des cas j'expliquais à mes clients qu'ils positionnaient la selle trop en avant, sur les omoplates et le garrot de leur cheval ; aujourd'hui, à 50% c'est encore le cas, à 40% c'est correct … et à 10% c'est positionné trop en arrière ! Il y a du mieux, indéniablement, mais ça n'est pas encore « ça ». Pour info, aujourd'hui c'est au galop 1 que l'on trouve au programme la compétence « savoir seller et desseller son cheval ». De là à dire qu'on a un problème pédagogique en France sur la formation des cavaliers, voire la formation des professionnels, il y a une marche que je ne me permettrais pas de franchir  ;-) Et pour enfoncer le clou : je corrige, sur la question, aussi bien des cavaliers de loisir de niveau débutant que des cavaliers de compétition de niveau national, voire international. Rien à voir, donc, avec un niveau équestre supposé.

Autrefois on apprenait à seller sur le garrot, puis à laisser « glisser l'ensemble à sa juste place, légèrement en arrière du garrot, en dégageant les épaules », et à positionner la sangle un travers de main derrière le coude. Du moins c'est ce que m'indique mon vieux manuel d'examens fédéraux qui a 21 ans (Maloine, illustré par Y. Benoist-Gironière, vintage!). D'ailleurs, seller c'était au galop 2, au galop 1 on n'avait que le droit de desseller.

Aujourd'hui, à ce que je crois comprendre, l'enseignement s'arrête à la première étape : on selle sur le garrot, point. Du moins c'est ce que j'ai cru voir dans un centre équestre dépositaire de toute la tradition équestre française, dans un haut lieu de l'équitation, pas plus tard que mercredi dernier lors du cours poney de 14h30. Bref. On selle sur le garrot. Quitte à mettre un collier de chasse quand « la selle recule » . Et à la question « pourquoi mettre la selle à cet endroit », la réponse (louable, certes) est la plupart du temps : « pour dégager les reins ». Et à la question « oui mais pour quoi faire ? » la réponse est plus ou moins, invariablement, «j'sais pas ». Dégager le rein c'est très bien, mais pour quelle raison ? La plupart des gens n'ont pas conscience du rôle locomoteur du segment lombaire, sans parler de ses fonctions hormonales, organiques ou énergétiques. Ca doit être un truc qu'on leur a dit, j'imagine.

Mais dégager le rein pour surcharger les épaules, et donc directement les antérieurs puisque les omoplates en font partie, c'est un peu déshabiller Paul pour habiller Jacques. Reprenons, donc, si vous le voulez bien, notre histoire depuis le début.

 

Le cheval est ainsi fait que l'humain ne dispose que d'une petite partie pour s'installer dessus. Au point de vue squelettique, le cheval nous porte avec la partie de sa cage thoracique qui n'est pas recouverte par ses omoplates. Tout le reste de sa structure bouge trop / n'est pas assez solide / est inconfortablement dangereux.
Les omoplates, contrairement à ce que m'a assuré le représentant d'un sellier mondialement connu et reconnu (lol), appartiennent aux membres antérieurs du cheval et doivent de ce fait, afin de participer pleinement à la fonction locomotrice du cheval, être dégagées de toute contrainte. Que les quartiers et les matelassures d'une selle de saut s'y posent : peu importe, ce sont des matériaux souples qui ne gêneront pas (trop) le mouvement ; mais l'arçon, qui est lui rigide et susceptible de coincer le mouvement, doit être positionné derrière l'omoplate.

Le segment lombaire est non seulement sensible, pour toutes les raisons évoquées un peu plus haut, mais également important dans sa fonction locomotrice : par les mouvements de flexion, torsion et latéroflexion, les vertèbres lombaires permettent de transformer l'énergie générée par la poussée des postérieurs en mouvement en avant. Les Américains en parlent comme du « center of motion ». Ainsi une selle dépassant dans ses appuis la charnière thoraco-lombaire et la dernière côte (17 ou 18e selon l'animal) a un impact négatif sur la qualité locomotrice du cheval.

En gros, le cavalier dispose pour s'asseoir d'une surface ridiculement petite comparée à la superficie globale de sa monture.

 

Chaque cheval possède sa conformation propre, qui est plus ou moins imposée par un standard de stud-book ou du moins les courants de sang qui le caractérisent ; chaque cheval possède sa musculature et sa posture propres, déterminées par le travail qu'il reçoit . En conséquence, chaque cheval a sa propre « bonne place de selle », qui n'est pas seulement déterminée par le sacro-saint « plat de main » derrière le coude pour placer la sangle. D'ailleurs ce plat de main est purement inexistant chez certains chevaux (poneys rondouillards ou ibériques barricoïdaux), alors que chez d'autres il faut parfois compter deux plats de main pour être dans le juste par rapport au passage de sangle réel du cheval.

La bonne place de la selle dépend donc de l'arrière de l'épaule du cheval, ou pour parler scientifiquement : de la partie caudale de la coiffe cartilagineuse scapulaire. Et si, une fois le pommeau de la selle correctement placé par rapport à l'épaule, la selle dépasse dans ses appuis la dernière côte de votre cheval : c'est qu'elle est trop longue... Ce qui est un véritable problème, car une selle trop longue ne peut que difficilement être raccourcie. A moins de scier le troussequin peut-être ? (je plaisante c'est une blague, surtout ne faites pas ça!!!)

 

Reste l'épineuse question de « OK, c'est bien gentil tout ça, mais comment je sais où est l'épaule de mon cheval pour savoir si je selle correctement ? »

Pas d'autre réponse à vous suggérer que d'apprendre à toucher votre cheval. Sur certains chevaux c'est très simple de sentir – voire de visualiser – l'arrière de l'épaule ; sur d'autres (plus gra... musclés, dirons-nous) c'est un challenge. Si vous avez un doute, n'hésitez pas à demander de l'aide. Les plus à même de vous apprendre à palper sont probablement les praticiens de techniques manuelles : ostéopathes, masseurs, physiothérapeutes, shiatsuki... ou un bon sellier, d'ailleurs ;-) le bon sellier, avant toute prise de mesures ou essais de selles, passera un bon moment à analyser et toucher votre cheval, et vous expliquera comment son matériel doit être utilisé sur votre monture. La palpation fait partie intégrante de notre métier sur le terrain ! Observez donc, et pensez-y...

 

Article rédigé par Eugénie Cottereau - www.saddlefitting.fr

Illustration: Manuel d'apprentissage des galops - Maloine 1995